Chapitre 44
L’audience
Brenn est furieux. Qu’a-t-il bien pu se passer pour que l’audience soit retardée ? Marion et Amarande sont déjà d’une nervosité extrême alors les heures à attendre n’arrangent rien. Pourvu que personne ne les ait vus arriver ! Mike lui a dit de ne prendre contact avec personne, de ne répondre qu’à lui.
Les deux sœurs, serrées l’une contre l’autre, se tiennent la main comme pour défendre à quiconque de les séparer à nouveau. L’angoisse fait place à la nervosité. Elles n’ont pas touché à leur plateau repas.
Deux coups à la porte, répétés trois fois, sont le signe de départ. Des agents en civil accompagnent le trio jusqu’à la voiture blindée sur le parking arrière de l’hôtel. Un bref itinéraire changé encore au dernier instant, puis tous s’engouffrent par une porte dérobée du Tribunal, et enfin dans une salle contiguë à la salle d’audience. Tout cela à couvert et dans le plus grand secret.
Le juge Cook entre et tout le monde se lève. John Cromwell, dans son complet trois pièces sombre, se dresse, fier, dans le box des accusés. Son visage est dur. Il regarde fixement devant lui. A sa gauche se tiennent, son plus jeune fils, Hugo, trois officiers de polices également inculpés, ainsi que le propriétaire de la boite de nuit et sa femme, le barman et un hôtelier.
Les accusations et les dossiers sont exposés par le ministère public. L’avocat des accusés insiste lourdement sur le fait qu’aucune charge ne peut être retenues sans preuve.
Le juge annonce calmement :
- J’ai une série de témoins concernant la partie civile…
L’avocat de la défense déclame :
- Votre document est erroné car il n’y a plus de témoin…
- Maître Rollens je n’ai aucune information à ce sujet.
- Je demande alors l’annulation des charges pour vice de forme et demande le non-lieu…
Le juge s’énerve :
Maître Rollens et Maître Cunningham, veuillez approcher. Il s’adresse à Maître Cunningham en premier.
- Comment se fait-il que le dossier n’est pas mis à jour, je n’ai pas reçu d’autres informations ?
- Monsieur le juge, le dossier est en ordre…
Maître Rollens oublie toute convenance et crie :
- Comment pouvez-vous affirmer une telle chose ! Vous n’avez pas votre témoin principal !
- Erreur mon cher confrère, les témoins vont tous défiler à la barre !
Maître Rollens est bleu de rage. Il s’insurge…
- Monsieur le juge, ce n’est pas conforme…
Le juge Cook en a assez de ces joutes oratoires :
- Maîtres, reprenez vos places et vous Maître Rollens, à aucun moment vous n’avez déclaré le décès d’un seul témoin donc ils restent dans le dossier. Prenez cette liste…
Marion entre, encadrée par deux gardes du corps.
C’est la stupéfaction totale ! Maitre Rollens, se lève aussitôt.
- Monsieur le Juge nous n’avons pas été prévenus de ce témoignage !
- Maître Rollens, ce témoin est inscrit sur ma liste…vérifiez….
- Mais…Je pensais que…qu’elle était…
- Je vous en prie Maître, reprenez vos esprits,
Marion raconte son enlèvement, implique Eliot et Bill, reconnus sur photos. Elle parle de quatre gardes du corps ainsi que d’un homme, le chef, dont elle ne connaît que la voix, meurtrier de Eliot et absent du banc des accusés.
John Cromwell murmure quelques mots à son avocat, et ce dernier demande :
- Mademoiselle Tromel, êtes vous certaine que cet homme, cagoulé, le chef, a tué cet Eliot ?
- Oui, au moment où il passait devant lui pour secourir son ami Bill.
- Pourquoi devrions nous croire à cette histoire ?
- Parce que les empreintes de mes ravisseurs sont dans la caravane ainsi que les miennes…
- Et cela devrait suffire ?
- Non…Mais cela vient en complément du témoignage de toute la brigade d’intervention. Ils m’ont secourue ! D’autre part Bill a tenté de me violer et ensuite lui et Eliot ont assassiné Marcia. C’étaient des monstres !
Après d’autres questions, Marion peut enfin quitter son siège. Elle est moralement et physiquement épuisée. Jamais elle n’aurait crû que cela soit si difficile de témoigner !
Maintenant à toi Alicia !
Quand Amarande s’avance vers le juge, une boule se forme dans sa gorge. Voir John Cromwell lui est intolérable !
Maître Cunningham lui demande de raconter tout ce qu’elle sait. Quand elle arrive au viol, les mots s’étranglent dans la gorge. Elle fait une légère pause et continue :
- L’hôtelier séquestrait les filles réfractaires au dernier étage du bâtiment et leur injectait de la drogue. Elles étaient violées par Bill Cromwell et ses acolytes, les policiers ici présents. Ensuite jetées en pâture à des notables qui payaient grassement le propriétaire du night-club. Certaines succombaient en raison de tous les excès. Claudia, une danseuse a disparue ainsi, comme vous le démontrera la vidéo. Le barman servait de rabatteur, ainsi que deux officiers de police, qui jetaient les filles, arrêtées pour des délits mineurs, dans ce milieu de débauche. Là encore une vidéo confirmera mes dires ainsi que la disquette avec toutes les sommes reçues et les noms.
Elle reprend sa respiration quand maître Rollens la bombarde de questions. Elle résiste péniblement à la pression. Il est dur, la traite de prostituée et essaie par tous les moyens de la discréditer et de la déstabiliser. Les larmes aux yeux, complètement traumatisée, elle s’écroule sous le flots d’injures que le juge a du mal à empêcher.
- Maître Rollens, je vous prierai d’éviter les grossièretés !
Ensuite c’est le tour de Brenn. Il produit toutes les preuves. Il est au bord de la nausée pendant la projection des vidéos. Il en a vu d’autres mais là il s’agit d’Amarande ! Elle se cache les yeux, elle n’en peut plus ! Marion serre sa sœur contre elle. Elle est écoeurée par ce qu’elle voit. Elle se souvient de Bill dans la salle de bains à Londonderry et son corps se met à trembler nerveusement.
Quels dégueulasses ! Ils méritent la peine de mort !
Après plusieurs heures, les jurés se retirent pour délibérer.
Si John Cromwell reste impassible ainsi que les autres accusés. Son fils Hugo commence à paniquer. Il ne veut pas passer sa vie en prison à cause de son frère et de son père et surtout pas pour le vrai responsable de toute cette saleté, celui qui est masqué sur la vidéo et que personne n’a nommé. Il demande à parler au juge. Ce dernier lui fait remarquer que c’est trop tard. Le jury revient.
Le juge s’adresse aux accusés :
- Messieurs, madame, veuillez vous lever pendant la lecture du verdict.
Puis il s’adresse aux jurés :
- Avez-vous réussi à vous mettre d’accord ?
- Oui monsieur le juge : Nous déclarons les accusés coupables de tous les chefs d’accusation
- Bien. Le jugement sera rendu plus tard.
L’affaire n’est pas terminée pour autant. Le leader est toujours en liberté. Hugo Cromwell voudrait négocier avant la déclaration des peines. Il appelle Brenn !
- Si vous faites alléger ma peine, je suis prêt à tout vous dire sur le personnage en cagoule !
- Je peux essayer mais il va falloir être convaincant !
Il fait entrer Hugo dans une pièce adjacente quand un coup de feu éclate. Brenn dirige son regard vers l’endroit présumé du tir, personne. Hélas, Hugo, gravement touché, murmure « comm… » et décède sans avoir révélé son secret.
Comme quoi ? Qu’a-t-il voulut dire ?
Les agents courent dans tous les sens mais le tireur reste introuvable. Brenn est furieux.
- C’est invraisemblable ! Un tireur sort une arme et personne ne le voit ! Comment a-t-il pu s’échapper ?
- Brenn que s’est-il passé ?
- Duncan ! Tu étais là ?
- Je viens juste d’arriver.
- Un témoin vient d’être éliminé…
- Une des filles ?
- Non…le plus jeune fils de Cromwell…
- N’était-il pas inculpé comme les autres ?
- Oui mais il voulait négocier….Il connaissait le chef…
- Alors l’affaire est terminée maintenant…
- Pas du tout…Marion et Amarande peuvent encore le reconnaître.
- Ah bon ! Et comment ! L’ont-elles vu ?
- Non pas exactement. …. C’est trop long à expliquer et là je n’ai vraiment pas le temps. N’as-tu vu personne se précipiter hors de la salle ou du tribunal ?
- Si, un homme en costume gris semblait pressé…Il est parti par la porte à droite…
- Merci du renseignement…Je t’appellerai pour te raconter toute l’histoire…
- Veux-tu que je mette des hommes à ta disposition pour ramener les deux sœurs ?
Toutes ces questions agacent Brenn. De plus il ne peut divulguer la cachette.
- Duncan, merci mais je ne sais pas où elles étaient. Nous étions séparés. Seul mon patron Mike connaissait l’endroit.
- Comment avez-vous fait pour vous en sortir ?
- Duncan excuse moi, je ne peux en dire davantage.
Duncan Mac Dough est vexé.
Ils me mettent à l’écart alors que tout a commencé dans mon Comté ! Il faut toujours que ces irlandais du nord s’approprient nos affaires !
Brenn rejoint John Cromwell alors qu’il s’apprête à monter dans le fourgon à destination de la prison. Il pense le trouver écroulé d’avoir perdu ses deux fils. Pas du tout. Son regard est glacial, son visage impassible.
- Vous perdez votre deuxième fils et vous ne réagissez pas ! Vous êtes monstrueux !
John lève à peine la tête.
- C’était inévitable…Hugo devenait dangereux pour EUX. Ne me demandez rien, je ne vous dirai rien.
- Comment pouvez-vous soutenir ces truands ? Ils ont assassiné deux membres de votre famille !
- Hugo et Bill connaissaient les règles…
- J’espère que vous allez passer les dernières années de votre vie entre quatre murs !
John ricane :
- N’en soyez pas si certain !
ajouter un commentaire recommander



